

Une mine d’archives
Les Archives nationales du monde du travail (ANMT) ont reçu en versement un volume important de dossiers de carrière des personnels des mines provenant des compagnies minières et des Houillères de bassin du Nord et du Pas-de-Calais (HBNPC) ainsi que des Charbonnages de France. Ces dossiers sont ouverts à la communication. Cependant ils représentent un défi archivistique et organisationnel en raison de leur nombre, de leur mode de classement et d’inventaire, de la complexité des recherches et du nombre de sollicitations reçues.
Une stratégie nationale d’archivage
À partir de 2021, l’Agence nationale pour la garantie des droits des mineurs (ANGDM), le Bureau de recherche géologique et minière (BRGM) et le Service interministériel des archives de France (SIAF) ont défini une stratégie de traitement et de versement des archives des mines dans l’ensemble des services d’archives compétents pour les conserver. Cette opération poursuit la politique volontariste menée depuis les années 1960 par l'administration des archives pour la sauvegarde des archives des exploitants miniers et des Charbonnages de France, ayant pour objectif d'assurer la conservation d'un patrimoine écrit qui témoigne d'un pan essentiel de l'histoire industrielle, sociale et culturelle de la France et des femmes et des hommes qui ont travaillé dans les mines.
L’ANGDM a été créée à la fermeture de l’activité des mines, en 2004. La mission de conservation des documents relatifs à la carrière des mineurs lui incombe, afin de pouvoir garantir les droits des anciens mineurs et de leurs ayants droits, au titre du statut du mineur créé en 1946. En 2021, elle conservait encore la majorité des dossiers de carrière des personnels des mines, seuls une partie des plus anciens ayant été versés antérieurement aux ANMT (personnel né avant 1900).
Une mine d’informations
Les ANMT sont le centre dépositaire des dossiers de carrière des anciennes compagnies minières et des HBNPC (en lieu et place des Archives départementales du Nord et du Pas-de-Calais) et du siège des Charbonnages de France. Ce sont plus de 3,4 kilomètres linéaires de documents qui ont été versés entre 2023 et 2024. Des versements complémentaires sont prévus chaque année, au fur et à mesure de la clôture des dossiers, jusqu’à épuisement du stock.
Le nombre de dossiers entrés aux ANMT en 2023-2024 est estimé à plus de 520 000. Différents types de documents ont été versés : outre les dossiers individuels de carrière, les ANMT conservent des fiches signalétiques, des fiches matricules, des fiches de déclarations aux caisses de prévoyance et retraite (dites Fiches CAN), des registres d’entrée et de sortie.
Ces documents concernent les mineurs de fond mais aussi d'autres personnels des mines : porions et meneurs de chevaux, ingénieurs, comptables, employés administratifs, géologues, instituteurs, curés, électriciens, cheminots, gardes de cités minières ainsi qu'employés des fours à coke, briqueteries et usines de lavage…
Les dossiers de carrière retracent le parcours professionnel des personnels des mines depuis leur entrée dans la mine jusqu’à leur sortie : en plus de ces données strictement professionnelles, ils peuvent comprendre des informations d’état civil, des photographies, des avis sur la manière de servir, etc. Ils sont conservés en intégralité.
Un puits sans fond
Le traitement de cet important volume d’archives est néanmoins sommaire et nécessitera encore des années de travail avant de permettre une recherche rapide et fiable à partir d’un simple nom de famille. Une partie des dossiers est classée par compagnie minière ou groupes d’exploitation, puis par ordre alphabétique des noms de famille. Une autre partie du fonds est constitué de séries “toutes mines”, classées alphabétiquement. Toutefois, ce classement alphabétique se limite aux trois premières lettres du nom de famille, ce qui n’est pas assez précis compte tenu du nombre de dossiers et d’homonymes... Les dossiers ne sont pas indexés nominativement, à l’exception de ceux versés à partir de 2025.
Pour mener une recherche, il faut donc impérativement connaitre les nom, prénom(s) et date de naissance de l’individu recherché, ainsi que le nom de la mine ou fosse d’affectation ou à défaut la commune de résidence. Mais même lorsque l’on dispose de ces informations, le nombre considérable d’homonymes, le classement alphabétique aléatoire ainsi que le nombre important d'inventaires à consulter rendent la recherche laborieuse et chronophage. Et c’est sans compter les différentes pratiques de classement successives, les erreurs de rangement ou les pertes de dossiers, qui sont autant d’impasses dans la recherche. En moyenne, il faut ouvrir 5 boîtes d’archives pour espérer trouver un dossier.
Germinal à la rescousse des archivistes !
Pour faciliter l’identification d’un dossier individuel au sein des quelques 36 000 boîtes d’archives, le responsable des systèmes d’information archivistique des ANMT a conçu un ingénieux petit programme qui parcourt les inventaires publiés au format XML EAD et signale les boîtes où le dossier est susceptible de se trouver. Ce programme a été baptisé GERMINAL (pour Gestion de la Recherche des Mineurs Automatisée en Local) ! Il permet de gagner du temps dans la phase initiale de la recherche, mais il reste ensuite à vérifier l’information, en ouvrant une à une les boîtes, pour trouver (ou pas) le dossier recherché…
L’ouverture à la communication
Début 2026, les personnes qui s’étaient adressées à l’ANGDM dans le cadre d’une recherche à caractère généalogique depuis 2022 ont été systématiquement réorientées vers les ANMT.
Un formulaire de demande de recherche et d’accès anticipé aux dossiers versés par l’ANGDM a été mis en ligne sur le site Internet des ANMT. Pour les recherches à caractère généalogique, une convention a été signée avec l’ANGDM pour faciliter l’instruction des demandes d’accès anticipé par dérogation, dans le cas où le dossier contient des informations couvertes par le secret médical ou portant atteinte à la vie privée dont le délai de communicabilité n’est pas échu.
Plus de 1 000 demandes ont été reçues depuis début 2026. L’attente est forte : dès les premières semaines, certains usagers ont envoyé plusieurs dizaines de demandes de recherche ! En raison de l’afflux des demandes, le nombre de recherche est actuellement limité à 10 formulaires par demandeur (1 formulaire par individu recherché).
En dépit de l’engagement important de ressources humaines, financières et techniques pour le reclassement des dossiers, l’amélioration des descriptions, l’exploitation des inventaires et le traitement des demandes, le délai de réponse est actuellement de 6 mois.
La numérisation et la mise en ligne de ces nouveaux dossiers n’est pas envisagée dans l’immédiat. Mais les généalogistes peuvent déjà consulter sur le site Internet des ANMT quelques 137 933 dossiers de personnel des mines nés avant 1900 (dont 5 319 dossiers de femmes). Versés antérieurement, ils ont été patiemment numérisés et indexés et sont interrogeables via un moteur de recherche spécifique.
Hommes et femmes de la mine
Les passionnés de la mine et les généalogistes qui se languissent de nos réponses peuvent patienter en contribuant à l'indexation collaborative des fiches individuelles du personnel des mines tenues par la Caisse de retraite du régime minier, un projet proposé par les Archives nationales ! Après inscription, la plateforme GIROPHARES donne accès à près d'un million de fiches numérisées à indexer. C’est une façon de participer à la constitution de précieuses ressources pour la recherche sur l'histoire des individus et les conditions de travail dans les mines. Ces données pourront aussi être mises en lien avec les dossiers de mineurs conservés aux ANMT et faciliter nos recherches.
Pour en savoir plus
Note d'information DGPA/SIAF/2024/011 du 26/08/2024 sur les archives des mines de charbon
Recherche et consultation en ligne de dossiers de mineurs et personnels des mines nés avant 1900
Inventaires des archives des Houillères du bassin du Nord et du Pas-de-Calais conservées aux ANMT
Agence nationale de la garantie des droits des mineurs
GIROPHARES, plateforme collaborative de transcription et d’indexation des Archives nationales




