La dactylographe devient rapidement l’emblème de cette féminisation massive. De nombreuses "dames dactylographes" travaillent dans des entreprises de commerce ou d’industrie, avant même que la fonction publique ne fasse appel à elles. Venant souvent de la moyenne bourgeoisie, avec un bon niveau d’instruction, ces femmes ont suivi des cours de sténographie et de dactylographie.
Ce métier serait "parfaitement adapté aux femmes" grâce aux compétences acquises en jouant du piano (activité souvent prisée par les femmes cultivées de la classe moyenne) qui favorisent la prise en main d’une machine à écrire. Très vite, dans les publicités, les nouveaux modèles de machines à écrire sont présentés par des femmes.
La présence des femmes vient transformer l’atmosphère des bureaux. Les dames dactylographes sont qualifiées et reconnues comme telles : on les considère souvent comme des collaboratrices.
Dans la fonction publique, leur recrutement suscite des polémiques. Elles font concurrence aux vieux "expéditionnaires" qui leur sont très hostiles : les femmes joueraient de leur charme, là où ces messieurs feraient preuve de travail et de science. Ils s’inquiètent également du risque de "dépopulation", dénoncent la dépravation de ces femmes devenues indépendantes qui refuseraient de fonder un foyer...
Dans les années 1910, la dactylographe devient un sujet à la mode. D’abord vue comme un soutien bienvenu pour la famille avec son salaire d'appoint (bien que modeste), l'image charmante de la jeune dactylographe inspire romanciers et dramaturges. Cette nouvelle représentation la place comme une menace pour les ménages : elle chercherait forcément à épouser son patron... Les évocations dévalorisantes de la dactylographe se multiplient alors.
L’image de la "dactylo midinette" est créée par la presse. Elle incarne une nouvelle féminité : jeune femme moderne, jolie, incorrigible romantique, bien habillée malgré des moyens financiers limités. Le stéréotype de la femme coquette et plus ou moins "écervelée" coexiste cependant avec une figure très morale : celle de la mère de famille méritante qui concilie travail professionnel et domestique.

